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Violences conjugales à la Rochelle

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Sud ouest du 08 mars 2014

Maryline a subi des violences conjugales pendant deux ans. Reconnue victime lors de son procès, elle livre un témoignage poignant et explique comment elle s’en est sortie.
Un nouveau départ avec l'association Altéa-Cabestan.

Une rencontre en discothèque, un moment partagé autour d'un verre et c'est le début d'une histoire d'amour entre Maryline, 25 ans et Alain 30 ans. Rapidement, la jeune femme qui a déjà une petite fille de 6 ans tombe sous le charme de cet ancien légionnaire au physique plutôt avantageux. Les premiers mois, le couple file le parfait amour. Mais rapidement, la romance tourne au cauchemar et le prince charmant se transforme en bourreau. « Au départ, ça se passait bien mais très vite tout cela a dégénéré », se rappelle la jeune femme.

Un engrenage infernal

Et avec la première dispute arrivent les premières insultes. « Au début, il ne s'agissait que de menaces et de violences verbales ». Jusqu'au jour où Maryline reçoit sa première gifle. « Dès le lendemain, il est venu s'excuser en me disant que cela ne se reproduirait pas. Et puis j'étais amoureuse… ». Excuse acceptée donc. Mais la jeune femme ne sait pas encore que ce n'est que le début d'un engrenage infernal.

Le scénario se répète devant témoins quelques semaines plus tard. Cette fois, les coups se font plus violents et elle atterrit à l'hôpital avec les deux tympans percés. « Ma sœur qui a assisté à la scène a appelé la police ce soir-là. Mais je n'ai pas voulu porter plainte. J'ai juste décidé que je ne voulais plus jamais le revoir ».

Mais quelques semaines plus tard Maryline change d'avis. « Je l'aimais encore » se souvient-elle. Et Malgré les protestations de ses proches, elle décide de renouer. Le couple prend même la décision de vivre ensemble. « Ça s'est bien passé pendant deux mois et puis ça a recommencé. Une claque par-ci, une autre par là et toujours dans des situations où il n'avait pas de raison d'être violent ».

Hématomes, ecchymoses, bleus, Maryline ne les compte plus sur son corps et ne sait plus quelle explication donner à sa fille. Et à chaque nouvel excès de violence, Alain se confond en excuses et se cache derrière son alcoolisme. « Moi aussi j'avais un problème avec l'alcool mais dans une bien moindre mesure que lui. Et moi j'avais conscience de mon addiction mais à cause de l'alcool je ne me laissais pas faire et je lui tenais tête. Donc la situation empirait et il frappait encore plus fort ».

La nuit où tout bascule

Alors qu'Alain est sans emploi, Maryline continue de travailler comme animatrice à la mission locale. Mais elle plonge chaque jour un peu plus dans l'enfer des femmes battues. Jusqu'à cette nuit où tout bascule. Après une soirée entre amis, elle rentre chez elle vers 6 heures du matin. « J'ai vu en rentrant qu'il y avait une bouteille d'alcool vide dans le salon. Puis je suis allée me coucher, ce qui l'a réveillé. Il était très énervé ». Elle tente de le calmer mais en vain. « Les insultes ont commencé puis il a totalement pété les plombs. Il m'a traînée par terre par les cheveux et m'a rouée de coups alors que j'étais au sol ».

Le lendemain et après deux années passées sous l'emprise de son conjoint violent, la jeune femme décide d'aller porter plainte. Il est convoqué par la police et passe une nuit en garde à vue. À sa sortie, il est convenu qu'elle peut rester seule avec sa fille dans leur logement commun. « Mais dans la nuit suivante, il est revenu ». Fort heureusement, cette nuit-là, aucun dérapage. Mais la peur suffit à convaincre Maryline que cette relation doit absolument cesser.

Un nouveau départ

Le tribunal condamnera finalement Alain à trois ans de prison avec sursis et à 1 000 euros de dommages et intérêts. L'homme violent fait aussi l'objet d'une mesure d'éloignement. Une fois le verdict tombé, c'est le soulagement pour la jeune femme qui vit depuis plusieurs mois dans l'angoisse et la peur. « J'ai quitté mon travail et je suis allée me réfugier chez ma mère à La Rochelle avec ma fille. J'avais besoin d'un soutien familial car je me noyais un peu plus chaque jour dans l'alcool ».

Bien consciente qu'elle a besoin d'aide, la jeune femme s'adresse au Service d'accueil et d'orientation de Charente-Maritime qui l'oriente vers le Centre d'hébergement et de réinsertion sociale de La Rochelle et l'association Altéa (lire ci-dessous). « Je ne pouvais pas rester vivre chez ma mère car elle n'avait qu'un appartement de 30 m2 ».

Aussitôt, l'association Altéa met à la disposition de Maryline et de sa fille, pendant trois mois, un appartement à La Rochelle destiné exclusivement aux victimes de violences conjugales. « Ce logement a été un véritable tremplin pour que je puisse recommencer une nouvelle vie et passer à une chose ». Une éducatrice passe également une fois par semaine pour s'assurer que tout se passe bien. En parallèle, Maryline bénéficie d'un suivi psychologique et de rendez-vous chez une assistante sociale. « Je me sentais soutenue. C'était indispensable ».

La jeune femme entame une cure de désintoxication et reprend rapidement goût à la vie. « Même si cela reste un combat quotidien, je n'ai pas bu une goutte d'alcool depuis onze mois ». Aujourd'hui, Maryline, qui bénéficie toujours d'un suivi « hors les murs », a trouvé une petite maison dans l'agglomération rochelaise et a même décroché un emploi. « J'ai pris un nouveau départ. Je me suis endurcie, je suis sur le qui-vive dans mon rapport aux hommes et je ne sais plus vraiment ce qu'est une relation normale. Aujourd'hui, je veux me consacrer à ma fille et à mon travail », assure la jeune femme. « Malgré tout, je ne suis pas capable de dire que ça ne m'arrivera plus jamais ».

Rappelons qu'en France, une femme décède tous les trois jours, sous les coups de son conjoint.

Altéa-Cabestan sur tous les fronts

Implantée à La Rochelle et Rochefort, l’association Altéa-Cabestan s’occupe des personnes adultes en difficulté sociale. Elle intervient pour cela à de nombreux niveaux. En matière d’urgence notamment via l’accueil de jour et de nuit de Rochefort et le Service d’accueil et d’orientation de Charente-Maritime (SAO) mais aussi dans le domaine de l’insertion au travers d’actions d’accompagnement pour l’accès à l’emploi.

Elle gère également un dispositif d’hébergement. « Nous gérons 60 places tout public au centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) Saint-Antoine de La Rochelle et 44 places au CHRS Cabestan de Rochefort », précise Thierry Richard, directeur d’Altéa-Cabestan. L’association s’occupe aussi de maisons relais dans les deux villes où elle est implantée ainsi que des places d’intermédiation locative (40 à La Rochelle et 8 à Rochefort). « Nous menons également des actions de prévention d’expulsion locative et nous gérons une agence immobilière à vocation sociale ».

Enfin, Altéa-Cabestan intervient dans l’accueil des salariés sans domicile fixe, dans l’hébergement d’extrême urgence et dans l’hébergement de femmes victimes de violences conjugales. L’association qui dispose de deux appartements sécurisés à La Rochelle, et un à Rochefort, reçoit chaque année une quinzaine de demandes d’hébergement d’urgence. « Nous accueillons des femmes fortement traumatisées et leur offrir un logement ne suffit pas. Du jour au lendemain, tout s’effondre et elles perdent tous leurs repères. Il faut donc leur apporter des réponses à tous les niveaux et les préparer à un autre mode de vie.


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